La société américaine Kobold Metals renforce considérablement sa présence minière en République démocratique du Congo, en particulier dans la région stratégique de l’ex-Grand Katanga. L’entreprise californienne, spécialisée dans l’exploration minière assistée par l’intelligence artificielle, poursuit une politique d’acquisition ambitieuse de permis de recherche afin d’identifier de nouveaux gisements de cuivre et de nickel. Déjà détentrice d’environ 1 900 carrés miniers dans le sud-est du pays, notamment autour de Manono, zone connue pour ses importantes réserves de lithium, Kobold Metals vient d’obtenir 1 600 carrés miniers supplémentaires. Ces nouveaux permis de recherche ont été attribués fin février par plusieurs arrêtés du ministère des Mines dirigé par Louis Watum.
Au total, la société contrôle désormais près de 3 500 carrés miniers en RDC. L’entreprise ne compte pas s’arrêter là : elle envisage d’acquérir 2 000 carrés miniers supplémentaires au cours de l’année 2026, notamment dans les provinces du Haut-Katanga et du Lualaba. Si ces acquisitions se concrétisent, son portefeuille pourrait atteindre 5 000 carrés miniers.
Des investissements hauts gammes
Dans le cadre de cette stratégie d’expansion, KoBold Metals a déjà engagé près de 17,5 millions de dollars uniquement pour les frais liés au dépôt des demandes d’acquisition des permis. Ces investissements devraient encore s’intensifier, notamment grâce au soutien politique de l’administration américaine de Donald Trump, qui encourage l’implication des entreprises américaines dans les chaînes d’approvisionnement stratégiques en minerais critiques. L’entreprise est dirigée par l’ingénieur américain Kurt House, tandis que sa filiale congolaise est placée sous la responsabilité de Benjamin Katabuka.
Une expertise géologique
Pour mener à bien ses explorations, Kobold Metals s’appuie sur l’expertise de son chef géologue David Broughton, ancien cadre d’Ivanhoe Mines. Ce géologue est notamment reconnu pour avoir contribué à la découverte du gigantesque gisement de Kamoa-Kakula, aujourd’hui considéré comme l’un des plus grands gisements de cuivre au monde, avec plusieurs dizaines de millions de tonnes de réserves. L’objectif de Kobold est clair : découvrir des gisements de classe mondiale, capables de renforcer la production mondiale de cuivre et de nickel, deux métaux essentiels à la transition énergétique et aux technologies modernes.
L’intelligence artificielle mise à profit dans l’exploration
L’une des particularités de Kobold Metals réside dans son recours à l’intelligence artificielle pour analyser les données géologiques. La société a développé un système d’exploration avancé en partenariat avec le laboratoire Stanford University, à travers le programme Mineral-X, dirigé par le chercheur belge Jef Caers. Cette technologie permet d’examiner d’immenses volumes de données géologiques afin d’identifier plus rapidement les zones susceptibles de contenir des gisements exploitables.
Des archives géologiques congolaises au centre des discussions
Toutefois, un point de tension demeure concernant les archives géologiques historiques du Congo. Une grande partie de ces documents est actuellement conservée à l’AfricaMuseum de Tervuren, héritage de la période coloniale. L’institution belge mène actuellement un programme de numérisation scientifique et s’oppose au transfert direct de ces archives vers des acteurs privés. KoBold Metals affirme néanmoins que la demande de rapatriement est faite au nom du gouvernement congolais, et que son rôle se limite à fournir un soutien technique et financier.
Sur le terrain, les préparatifs sont déjà avancés. Les premiers travaux d’exploration devraient démarrer dans les prochains jours dans la région de Manono. Une quinzaine de géologues ont été recrutés et une base opérationnelle vient d’être installée pour soutenir les opérations. Ces investissements sont en partie financés par des levées de fonds auprès d’importants investisseurs internationaux, parmi lesquels les milliardaires Jeff Bezos et Bill Gates. Parallèlement à ses activités en RDC, KoBold Metals poursuit également son expansion en Zambie, où elle développe le projet minier de Mingomba, axé sur le cuivre et le cobalt. Ce projet bénéficie lui aussi d’un soutien diplomatique actif de Washington, dans le cadre de la stratégie américaine visant à sécuriser l’approvisionnement mondial en minerais stratégiques.