Un audit explosif dévoile les dérives financières et une gouvernance sous pression
La compagnie aérienne nationale Congo Airways est au cœur d’une tempête institutionnelle après la révélation d’un rapport d’audit accablant mettant en lumière une gestion jugée défaillante, des engagements financiers risqués et de multiples violations des procédures réglementaires.
À l’origine de cette onde de choc, un rapport issu d’une mission d’enquête conjointe réunissant notamment l’Inspection générale des finances (IGF) et l’Autorité de l’aviation civile (AAC). Les conclusions, qualifiées de « particulièrement préoccupantes », ont directement motivé l’intervention du président Félix Tshisekedi, qui exige désormais une refonte en profondeur de la compagnie. Le document pointe des « fautes graves de gestion » ayant conduit à une dégradation continue de la situation financière, juridique et opérationnelle de l’entreprise. Dans le viseur des autorités figurent notamment le président du conseil d’administration, Jean-Bertrand Ewanga, ainsi que le directeur général Alexandre Tshikala Mukendi.
Il est à signaler que lors du Conseil des ministres du 20 mars, le chef de l’État a instruit plusieurs membres du gouvernement dont Jean-Pierre Bemba de soumettre en urgence un plan de relance « rigoureusement encadré sur le plan financier ».
Procédures contournées et contrats controversés
Des points les plus critiques du rapport selon les enquêteurs concernent le non-respect des procédures légales dans la signature de contrats internationaux. Plusieurs engagements auraient été conclus sans validation préalable de la Direction générale de contrôle des marchés publics (DGCMP).
La direction de Congo Airways justifie ces pratiques par l’urgence de maintenir une flotte opérationnelle afin d’éviter la suspension du certificat de transporteur aérien. Une justification jugée insuffisante par les enquêteurs. Parmi les opérations controversées figure le leasing d’un Airbus A320 acquis dans des conditions jugées opaques. La compagnie aurait versé: 450 000 dollars à une société sud-africaine, 700 000 dollars placés sur un compte séquestre,
Pour un appareil finalement livré avec près d’un an de retard. Plus inquiétant encore : l’avion, âgé d’environ 36 ans, figure parmi les plus anciens encore en exploitation.
Le rapport évoque également plusieurs transactions à risque notamment les
250 000 dollars versés pour un avion en provenance des États-Unis, aujourd’hui suspectés d’être perdus dans une possible escroquerie ; 1,4 million de dollars décaissés pour un appareil en provenance de Jordanie, jamais livré. Ces opérations viennent aggraver une situation déjà marquée par un endettement élevé et une gestion des ressources humaines jugée inefficiente, avec des effectifs qualifiés de « pléthoriques » au regard du niveau réel d’activité.
Face à ce constat, la commission d’enquête recommande des mesures radicales, comme ci-après :
Une réévaluation complète de l’équipe dirigeante, Voir un remplacement de l’organe exécutif, Ainsi que la mise en œuvre d’un plan de redressement strict.
L’objectif affiché par l’exécutif est clair : sauver un outil stratégique national tout en rétablissant la discipline financière et la transparence dans sa gestion.
Pour rappel, le nouveau plan de relance annoncé par le Président Félix Tshisekedi s’annonce décisif pour l’avenir de Congo Airways. Mais notons tout de même que la réussite de la relance de Congo Airways dépendra largement et surtout de la capacité des autorités à restaurer la crédibilité de la gouvernance et à sécuriser les investissements dans un secteur déjà fragilisé.