Kinshasa accélère ses manœuvres diplomatiques pour soutenir la candidature de Juliana Amato Lumumba au poste de secrétaire générale d’Organisation internationale de la francophonie. Face à une adversaire de poids, la Rwandaise Louise Mushikiwabo, en quête d’un troisième mandat, la RDC s’emploie à structurer une campagne à la fois diplomatique, médiatique et stratégique.
Désignée fin février par le président Félix Tshisekedi, au lendemain d’un échange avec Emmanuel Macron, l’ancienne ministre congolaise entame une séquence internationale décisive. Sa stratégie repose sur une offensive ciblée auprès des principaux contributeurs de l’organisation francophone. La candidate congolaise débute sa tournée au Canada du 18 au 28 avril, avec des rencontres prévues notamment avec Anita Anand, ainsi que des responsables politiques du Québec et du Nouveau-Brunswick, deux entités influentes au sein de l’OIF. Elle prévoit également des échanges avec des parlementaires francophones et des membres du corps diplomatique. Dans la continuité de cette séquence nord-américaine, des escales sont programmées en France et en Belgique, où la candidate entend consolider ses appuis auprès des décideurs politiques et des réseaux francophones.
Forte d’un parcours international marqué de son enfance en Égypte à sa formation en sciences politiques à Paris Juliana Amato Lumumba mise sur son profil de diplomate culturelle et de personnalité indépendante. Ancienne ministre sous Laurent-Désiré Kabila, elle entend capitaliser sur son réseau et son image pour incarner une alternative crédible.
Réputée pour son autonomie vis-à-vis du pouvoir, la candidate cherche à maintenir une certaine distance avec les orientations politiques de Kinshasa, notamment en refusant de transformer cette élection en prolongement des tensions entre la RDC et le Rwanda. Un positionnement délicat alors que Paul Kagame soutient activement la candidature de Louise Mushikiwabo. En parallèle, des divergences apparaissent sur le pilotage de la communication de campagne. Le gouvernement congolais, à travers le ministère dirigé par Patrick Muyaya, a engagé des discussions avec Havas, dirigé par Yannick Bolloré, pour structurer une stratégie d’influence internationale. Cependant, Juliana Amato Lumumba se montre réservée vis-à-vis de cette collaboration, marquant son désaccord avec certaines orientations et valeurs associées à ce groupe, historiquement lié à Vincent Bolloré.
Une bataille à plusieurs niveaux
Dans sa proposition, Havas met en avant une campagne centrée sur la neutralité politique de la candidate, présentée comme une figure du renouveau au sein d’une organisation en quête de repositionnement stratégique. L’agence insiste sur son ancrage panafricain et son expérience dans la diplomatie économique, notamment à travers ses activités au sein de réseaux continentaux basés au Caire. Parallèlement, Kinshasa a également sollicité Kair Group, preuve des hésitations persistantes quant au choix du dispositif de communication le plus efficace. fronts : diplomatique, médiatique et politique. Entre volonté d’indépendance et nécessité d’un soutien étatique structuré, Kinshasa doit encore affiner son dispositif pour espérer inverser le rapport de force face à une candidate sortante solidement installée. Dans cette course à la tête de l’OIF, la RDC joue bien plus qu’un simple poste : elle tente d’imposer sa voix au sein de la francophonie institutionnelle et de redéfinir son influence sur la scène internationale.