La République démocratique du Congo marque un tournant stratégique dans le contentieux qui l’oppose à la junior australienne AVZ Minerals. Le tribunal arbitral du Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (Cirdi), rattaché à la Banque mondiale, a décidé de lever les mesures provisoires qui contraignaient Kinshasa à restaurer les droits de la société sur le permis de Manono. Une décision qui redonne à l’État congolais une marge de manœuvre significative dans la gestion de l’un des plus importants gisements de lithium non exploités au monde.
Depuis 2023, le litige oppose Kinshasa à AVZ Minerals autour du permis PR 13359, détenu via la joint-venture Dathcom, en partenariat avec la société publique Cominière. Les autorités congolaises avaient retiré ce permis, invoquant un manque d’avancement du projet dans un contexte de fortes tensions entre actionnaires. En réaction, la société australienne avait engagé une procédure arbitrale internationale et obtenu, en janvier 2024, des mesures conservatoires obligeant l’État à rétablir temporairement ses droits. La levée de ces mesures constitue aujourd’hui un revers majeur pour AVZ, qui perd un levier essentiel pour bloquer toute reconfiguration du projet.
Manono au cœur des rivalités
Situé dans la province du Tanganyika, le projet de Manono concentre des enjeux économiques et géopolitiques majeurs. Le site est considéré comme l’un des plus riches gisements de lithium au monde, ressource clé pour la transition énergétique et l’industrie des batteries. Dans ce dossier, l’arrivée du groupe chinois Zijin Mining Group a profondément rebattu les cartes. Soutenu en interne par des réseaux proches du pouvoir, le groupe a récupéré une partie stratégique du gisement, désormais exploitée via le permis PR 15775, à travers une coentreprise associant Jinxiang Lithium et la Cominière. Cette recomposition a accentué les tensions avec AVZ, qui conteste la légalité du redécoupage du permis initial.
La levée des mesures provisoires ouvre désormais la voie à une redéfinition du tour de table du projet. Parmi les candidats potentiels figure l’américain KoBold Metals, déjà engagé dans des programmes d’exploration dans le Grand Katanga. Une éventuelle entrée de KoBold s’inscrirait dans une logique d’équilibrage des partenariats miniers de la RDC, historiquement dominés par la Chine. Elle ferait écho au rapprochement stratégique engagé entre Kinshasa et Washington depuis fin 2025, notamment dans les minerais critiques. Toutefois, tout nouvel investisseur devra composer avec un risque juridique élevé, le dossier restant pendant devant les instances arbitrales.
Malgré ce revers procédural, AVZ Minerals conserve une carte majeure : celle des compensations financières. L’entreprise réclame plusieurs milliards de dollars au titre du préjudice subi. Néanmoins, sa capacité à poursuivre la bataille judiciaire apparaît fragilisée. Suspendue de cotation depuis 2022, la société ne peut plus accéder aux marchés financiers et dépend désormais du soutien de fonds spécialisés dans le financement de litiges, les litigation funders.
Kinshasa sous surveillance
Pour les autorités congolaises, cette décision du Cirdi constitue une avancée importante dans la reprise en main du dossier Manono. Elle leur permet d’accélérer la restructuration du projet et de diversifier leurs partenaires. Reste que l’issue définitive de l’arbitrage demeure incertaine. Entre enjeux financiers colossaux et rivalités géopolitiques, le lithium de Manono continue de cristalliser toutes les tensions autour de la souveraineté minière de la RDC